Une lame dans la nuit

Une lame dans la nuit

Thème : Rencontre

Un frisson parcourut le dos de Nyr. Il se tassa contre le mur de pierre dans l’espoir d’éloigner la fraîcheur du métal de sa gorge. Sans succès.

— Voilà une bien étrange manière de dire « bonjour ».

Son sourire joueur se transforma en grimace quand la pression augmenta contre son cou.

Les doigts qui serraient le manche du poignard étaient fins sans être frêles, jeunes et certainement agiles. Là où certains verraient une main d’enfant, Nyr reconnaissait une main de femme : une halfeline, à n’en point douter. En dehors de ces détails, une cape et un capuchon noirs masquaient son visage, et elle semblait bien déterminée à garder le silence sur ses motivations.

Nyr se retint de soupirer. Il avait monté le camp à la lisière d’un village dévasté. Se croyant à l’abri, il avait laissé son grimoire au fond de son sac. Sac qui reposait paisiblement en compagnie de son bâton, à une bonne dizaine de mètres de lui. Aurait-il le temps de l’atteindre sans y laisser son cou ? La lame devina ses intentions et pressa plus fort. Une sensation humide glissa le long de son cou. Il ferma les yeux. Paniquer ne servirait à rien. Le nez soudain chatouillé par une odeur d’encens, il huma l’air, et sourit.

— Ce parfum… Mirna apprécie toujours l’encens des Hautelune ?

— L’amulette.

Une voix posée et ferme. Au moins avait-il provoqué une réaction. Il saisit l’occasion.

— Allons, très chère. J’ignore ce qu’elle a pu vous dire, à propos de cette amulette ou de moi, mais je peux jurer qu’elle vous a menti.

— L’amulette !

Nyr soupira et tira sur une des chaînes qu’il portait.

— La voici. Oh, votre lame ne brisera pas sa chaîne. Aucune ne le peut. Vous pouvez tenter un sortilège de dissipation de la magie, j’ai déjà essayé. Et, si l’idée de me tuer vous traverse l’esprit, faites. Cela n’y changera rien. Cette amulette s’est harmonisée à moi — à ma demande, j’en conviens — et se dissoudra lors de mon dernier souffle. Évidemment, mon ordre sera immédiatement informé de ma disparition. S’en suivra une traque dramatique à travers toute la Côte des Épées, jusqu’au dénouement tragique : ma mort sera vengée par mes pairs, et la vôtre en sera le point final.

Au fur et à mesure, le ton de Nyr devenait plus lourd, plus sombre. Froid.

— Alors faites, ma chère. Ma vie est vôtre. Les conséquences de votre acte le seront tout autant.

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