#13 – Interdit

028 - Interdit

Il était entré dans le bureau sans arrière-pensée, au début. Yuki s’était absenté. Une affaire urgente, d’après Ritsu. Une excuse, pour Haru. C’est là qu’il l’avait remarqué : l’ordinateur de Yuki était déverrouillé.

L’abruti.

L’explosion d’Osumi était encore fraîche dans son esprit. Haru voulait des réponses. Comment diable les Messagers de Tartarus, pourtant responsables de l’incident, avaient-ils pu être libérés ? Yuki avait éludé la question. Pourtant, c’était lui qui, lors de l’allocution télévisée, avait annoncé leur libération. S’il y avait bien un endroit où il trouverait des réponses, c’était son ordinateur, non ?

Personne dans l’open space. Haru s’approcha du bureau, observa l’écran encore allumé, puis détourna les yeux.

Non. Pas comme ça.

Il ne voulait pas trahir ce qui restait de confiance entre eux. Il attrapa une chaise, dans l’idée d’attendre son coéquipier pour le confronter, face à face.

Le lien qui l’unissait à Thémis s’étira brusquement. Un claquement retentit dans son esprit, suivi d’un grondement sourd. Des images de l’explosion l’assaillirent. Puis d’autres, encore. Une matière noire. Une douleur. Le vide. Haru porta une main à sa tempe.

Thémis, arrête !

Son esprit luttait contre les images, mais elles s’intensifiaient. Le lien vibrait sous la pression de sa partenaire. Il percevait sa colère. Elle refusait de lui laisser le moindre répit. Ce n’était pas la première fois qu’elle lui imposait ses souvenirs. Mais jamais, depuis leur connexion, il n’avait eu l’impression qu’elle le faisait sciemment.

— Thémis… Bon sang, non !

Une nouvelle décharge le traversa. La tête lui tournait. Il se rattrapa au bureau, les doigts crispés sur le rebord du plateau. Les souvenirs défilaient de plus en plus vite, se superposant jusqu’à devenir insupportables. Haru sentit sa conscience faiblir.

— D’accord !

Il fit un pas vers le bureau. La douleur diminua.

— D’accord… Je vais regarder.

La douleur s’estompa aussitôt.

Haru demeura immobile quelques secondes, le souffle court. Une colère froide envers la présence dans son esprit le traversa. Il aurait voulu hurler. De quel droit lui imposait-elle sa volonté ? Pourtant, au-delà de sa propre colère, il percevait encore la souffrance tapie dans leur lien. Thémis avait besoin de réponses, elle aussi. Il pouvait le comprendre.

Il ne lui fallut que quelques minutes pour éplucher les derniers mails reçus. Rien. Il parcourut les fichiers. Rien non plus. Les dossiers cachés ne donnèrent pas davantage de résultats.

Haru serra les dents. Yuki savait forcément quelque chose. Il s’apprêtait à abandonner lorsqu’une clef USB attira son attention. Dessus, on pouvait lire :

Orpheus.

Son sang ne fit qu’un tour. Il brancha la clef. À l’intérieur, plusieurs documents portaient des intitulés techniques auxquels il ne comprenait rien. Des relevés, des comptes rendus, des rapports… son rapport.

Haru l’ouvrit. Les premières lignes lui étaient familières. Puis il fronça les sourcils. Un paragraphe entier avait disparu. Le suivant relatait des faits auxquels il n’avait jamais assisté.

Il relut le passage. Une fois. Deux fois. Ce rapport, il en connaissait la moindre respiration. La moindre virgule. et il l’avait confié à Yuki lui-même.

Derrière lui, un bruit de pas résonna dans le couloir. Haru referma précipitamment le document, puis arracha la clef. Il eut tout juste le temps de s’éloigner du poste de travail avant que la porte de l’open space ne s’ouvre sur Ritsu.

— Encore là ?

— Ouais… J’ai toujours espoir de voir Yuki.

— Je t’ai dit qu’il…

— Je sais, le coupa Haru. Dis-lui que je suis passé.

Il leva une main en signe d’au revoir et franchit la porte.

Son cœur battait à tout rompre. Yuki avait falsifié son témoignage. Pourquoi ? Pour protéger les Messagers ? Un grondement fit trembler le lien.

Thémis…

Il chercha sa présence. Elle était là, tremblante, retranchée derrière cette distance qu’elle leur imposait parfois. Haru soupira.

Si tu veux qu’on collabore, il va falloir mettre en place quelques règles.

Aucune réponse. Haru ferma les yeux.

La première : ne fais plus JAMAIS ça.

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