#15 – Confiance

030 - Confiance

La première salve de missiles s’écrasa à quelques mètres de Thémis. Haru resserra sa prise sur les commandes. L’infiltration avait échoué. Ils devaient à présent récupérer les serveurs et déguerpir avant que la situation ne dégénère.

Plus facile à dire qu’à faire.

À quelques centaines de mètres, Ceos esquivait les tirs ennemis. Leto, restée en retrait, soignait les deux autres. Quant à Thémis, elle restait les bras relevés en position défensive.

L’Ana-Kata. Cette étrange matière luisait sur le sol. Le souvenir de la carcasse inerte de Thémis, touchée par une grenade de cette chose, lui serrait encore l’estomac. Il préférait de loin attendre une occasion de frapper sans prendre de risques.

Une nouvelle explosion secoua le sol. Sur sa droite, Ceos bondit pour éviter un nouveau missile. Haru suivit sa trajectoire d’un air inquiet. Le MEKA grenouille évoluait au milieu des tirs avec une aisance déconcertante.

— Bordel, Yangchen… souffla-t-il entre ses dents.

Thémis lui transmit une vague de réconfort. Il soupira, desserra légèrement les doigts et reporta son attention sur ses propres adversaires.

Je sais, ma belle. Je sais.

— Haru ! grésilla la voix de la mécanicienne dans l’intercom. Ceos te couvre avec ses sphères. Fonce !

Il hésita. Une ouverture se dessinait dans les défenses ennemies, mais pour en profiter, il devrait exposer le flanc de Thémis.

Une seconde passa, puis deux. Il pressa le bouton de l’intercom.

— D’accord.

Thémis s’élança.

Le premier tir passa à quelques mètres de son épaule. Haru allait dévier de sa trajectoire, mais une sphère s’interposa. Son adversaire était enfin à portée. Thémis arma son bras et trancha dans le vif. L’impact ébranla le cockpit.

Haru redressa la tête, cherchant à évaluer les dégâts. Thémis allait bien. Pas une alerte, pas une douleur. Les sphères de Ceos avaient fait leur travail.

Il souffla, soulagé, avant de se figer.

Attends une minute…

Il venait de confier la sécurité de Thémis à… Yangchen. Sans prévoir de solution de secours. Il avait simplement accepté sa proposition et s’était lancé.

Il contempla les commandes entre ses mains, troublé.

Deux ans. Cela faisait deux ans qu’ils parcouraient le monde ensemble, qu’ils affrontaient des ennemis toujours plus dangereux, qu’ils risquaient leur vie les uns pour les autres. Et pourtant, c’était la première fois qu’il acceptait de confier leur survie à ses partenaires.

Et ça le terrifiait.

Parce que faire confiance, c’était s’exposer.

Il avait mis dix ans à se construire une vie dans laquelle personne ne pourrait l’atteindre. Dix ans à se persuader qu’il valait mieux limiter les risques, garder ses distances, ne donner à personne le moyen de faire pression sur lui. Au début, il s’agissait simplement de protéger ses proches. Puis il avait cessé de voir ses collègues, ses amis. Nora était partie. Il avait pris ses distances avec son frère, puis avec ses parents.

Et, progressivement, il s’était retrouvé seul.

Enfin, pas tout à fait. Thémis avait toujours été là.

Une vibration affectueuse parcourut le Lien. Haru sourit malgré lui.

Oui, ma belle. Toi, tu étais là.

Il ne regrettait pas ces années passées avec elle. Jamais. Mais à quoi bon s’être coupé du monde, au juste ? Son enquête n’avait guère avancé avant l’arrivée de Yangchen et de Ceos. Pire, il s’était enfermé dans une routine dont il n’avait même plus conscience.

Et voilà qu’une mécanicienne au caractère bien trempé était venue bouleverser tout ça.

Il avait pourtant essayé de maintenir ses distances, au début. De garder le contrôle sur leur partenariat, de ne rien laisser au hasard. Peine perdue. Yangchen s’était imposée dans sa vie avec une facilité déconcertante, abattant une à une les barrières qu’il avait patiemment dressées autour de lui.

Et maintenant, il lui confiait sa vie. Celle de Thémis.

Bordel…

Une nouvelle vague de réconfort le tira de ses pensées. Haru releva la tête. Devant lui, Thémis avait déjà neutralisé son adversaire, sans qu’il ait véritablement suivi le déroulement du combat.

— Hein ? Déjà ?

Le Lien vibra, légèrement moqueur.

Il baissa les yeux vers ses mains. Sa prise sur les commandes s’était relâchée sans qu’il s’en aperçoive. Thémis avait pris le relais, attentive à son trouble.

Haru soupira, puis lui transmit à son tour un peu de réconfort.

— Merci, ma belle.

Il chercha Ceos du regard. Au milieu des débris, les dernières sphères rejoignaient leur propriétaire. Yangchen avait récupéré les serveurs.

Tous étaient indemnes.

Et, pour une fois, Haru n’avait pas eu besoin de tout contrôler pour que les choses se passent bien.

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