#20 – Jalousie

035 - Jalousie

Le bol d’eau ne bougea pas.

Ayame fronça les sourcils, tendit les doigts et recommença. Elle avait bien observé son frère, et il faisait ça tout le temps ! Il levait une main, et tous les objets volaient ! Parfois, il faisait même apparaître de petites marionnettes devant elle, et elles bougeaient quand Haku le voulait.

Alors, pourquoi n’y arrivait-elle pas ?

Elle secoua la main et recommença. Rien.

— C’est pas juste !

D’un geste rageur, elle repoussa le bol. L’eau se renversa sur son bureau, trempant les feuilles qu’elle avait disposées devant elle. Ayame poussa un cri de frustration, avant de se laisser tomber sur son lit.

Cela faisait deux jours que maître Garuda lui avait annoncé qu’elle n’était pas Wicca. Deux jours qu’elle refusait de quitter sa chambre. Sa mère lui avait pourtant proposé toutes les douceurs de la maison. Son père lui avait même proposé de l’accompagner en forêt.

Mais elle ne voulait pas de crêpes ni de confiture ! Elle ne voulait pas chercher des champignons ! Elle voulait devenir une Wicca ! Comme Haku.

Un léger coup retentit contre sa porte.

— Ayame ?

Elle enfouit son visage dans son oreiller.

— Va-t’en !

— Maman m’a dit que tu n’avais pas mangé ce midi.

— J’ai pas faim !

Un silence suivit sa réponse. Elle espéra que son frère s’en irait. Mais, lorsqu’elle releva la tête, elle aperçut une ombre glisser sous la porte. Il s’était assis dans le couloir.

— Maman a préparé des onigiris. Elle m’a demandé de t’en garder. Tu préfères lesquels ?

— Rien ! J’ai pas faim !

— Y en a au saumon, quand même…

Ayame hésita, avant de gonfler les joues.

— Non ! Va-t’en !

Elle entendit un léger froissement, puis plus rien. Pourtant, l’ombre était toujours là, devant la porte. Curieuse, elle quitta son lit.

— Pourquoi t’es encore là ?

— Je voulais voir ma petite sœur.

— Bah moi, j’ai pas envie !

— J’avais remarqué.

Ayame croisa les bras. Il l’énervait, avec ses grands airs de Wicca ! Même quand elle lui disait de partir, il restait là. Et le pire, c’est qu’elle était contente qu’il reste !

— C’est pas juste, murmura-t-elle.

— Qu’est-ce qui n’est pas juste ?

— Toi !

Le silence qui suivit lui donna mal au cœur. Et s’il partait, maintenant ? C’était ce qu’elle voulait, qu’il parte !

— Moi ? demanda doucement Haku.

— Oui, toi ! Tu peux faire voler les choses, soigner les gens et même faire apparaître de l’eau ! Tu peux protéger la ville ! Et moi, je peux rien faire !

— Ayame…

Sa gorge se serra. Les larmes coulaient à présent à flots sur ses joues.

— Pourquoi y a que toi qui peux faire tout ça ? C’est pas juste !

— Ayame, tu n’as pas besoin d’être une Wicca pour protéger la ville.

— Papa a dit que tu viendrais pas avec nous s’il y avait une attaque, parce que tu protégerais la ville !

— Il parlait de la barrière qui protège Kabe, Ayame. Mais tu oublies que les Senshi aussi se battent. Et ils ne sont pas Wicca.

— C’est pas pareil !

— Tu crois ? Pourtant, ils nous protègent, nous, les Wicca. Quand je soigne quelqu’un, tu crois que je peux me défendre en même temps ?

Ayame renifla. Elle réfléchit un instant.

— Bah… non.

— Voilà. C’est pour ça qu’on a besoin des Senshi. Ils nous protègent pendant qu’on utilise notre magie pour aider les autres.

Ayame resta silencieuse quelques instants.

— Même toi ? demanda-t-elle finalement.

— Même moi.

Elle se rapprocha de la porte.

— Alors… si je deviens Senshi, je pourrai te protéger ?

— Bien sûr. Mais il faudra beaucoup t’entraîner.

— Je peux faire ça !

Un silence suivit sa déclaration. Puis Ayame tira doucement sur la poignée. Haku était assis par terre, les jambes croisées, un petit paquet enveloppé dans un tissu sur les genoux. Il leva les yeux vers elle et lui adressa un sourire.

— Tu penses vraiment ce que tu dis ? demanda-t-elle timidement.

— Bien sûr, Ayame. Je ne te mens jamais !

Elle l’observa avec méfiance, puis baissa les yeux vers le paquet.

— C’est les onigiris ?

Haku pouffa.

— Oui, c’est les onigiris.

— Ceux au saumon ?

— Je t’ai gardé les meilleurs.

Elle ouvrit entièrement la porte et s’installa à côté de lui. Haku lui tendit son repas sans faire de commentaire sur ses yeux rougis. Pendant quelques minutes, ils mangèrent en silence, puis Ayame tourna la tête vers lui.

— Haku ? Tu m’apprendras à lire les livres de ton école ?

Il releva les sourcils.

— Les livres sur la magie ?

— Oui ! Je veux savoir ce qu’il y a dedans !

— Bien sûr, répondit Haku en lui souriant. Mais il va falloir commencer par apprendre à lire correctement.

Ayame acquiesça, la bouche encore pleine. Elle ne pourrait jamais faire apparaître de marionnettes comme son frère. Cette pensée lui serrait toujours le cœur. Mais si elle devenait Senshi, elle pourrait peut-être l’accompagner lors de ses missions. Et le protéger, elle aussi !

Elle termina son onigiri, puis essuya ses mains sur son pantalon.

— On commence maintenant ?

— Tu ne veux pas finir de manger, d’abord ?

— Non !

Elle lui saisit la main pour le tirer vers sa chambre. Lorsqu’il découvrit les feuilles trempées, le bol renversé et les traces d’eau sur son bureau, Ayame lui adressa son plus beau sourire.

— Tu peux nettoyer ça avec ta magie, d’abord ?

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