Haru gardait les yeux fermés. Son corps entier était tendu par l’effort. Il respirait lentement, les mains resserrées sur les accoudoirs de son siège de pilotage.
— Ça va là-dedans ?
Yangchen. Yangchen et ses idées plus saugrenues les unes que les autres. Yangchen dont la voix grésillait dans le cockpit.
— Ouais, souffla-t-il en ouvrant l’intercom. Ouais, ça va.
Non. Ça n’allait pas du tout.
Tout avait commencé par une réflexion banale de Kakeru.
— Vous pourriez y aller en volant ?
Haru avait simplement répondu que Thémis ne savait pas voler. Ça aurait dû suffire. Ça aurait pu suffire, si Yangchen n’était pas là.
— Ceos la portera.
Thémis avait accepté. Elle avait confiance en Ceos, après tout. Ils avaient attendu la nuit, profitant du manteau sombre pour gagner en altitude, jusqu’à franchir les nuages. Haru avait déjà pris l’avion à plusieurs reprises. Long-courrier, vol intérieur… il n’avait jamais ressenti cette angoisse sourde qui rampait à présent sous sa peau. Depuis Osumi, l’idée de voler lui paraissait insurmontable. Parfois, il se demandait même si cette crainte était la sienne, ou celle de son MEKA.
Thémis lui transmit un sentiment de réconfort, ainsi que les images d’un des souvenirs qu’elle avait retrouvés : celui d’une chute vertigineuse, interminable, alors qu’ils avaient fui les autres MEKA. Une chute, et le froid.
Son estomac se souleva aussitôt.
— C’est joli, Osaka, la nuit.
Yangchen. Haru se surprit à se sentir rassuré de l’entendre.
— Joli ? Comment ?
— Regarde, plutôt que de poser des questions.
Haru se risqua à ouvrir un œil. Pendant une seconde, il eut l’impression que le cockpit basculait sous lui.
— Je… J’y vois rien. La vitre du cockpit est givrée.
C’était en partie vrai. Sur les bords, seulement. Le centre restait parfaitement visible. Un léger soupir de Yangchen lui parvint.
— On survole le port. Les étoiles se reflètent dans la mer. La ville est tout illuminée de points colorés.
Rien, dans cette description, n’était inquiétant. Pourtant, le lien s’ébroua, ronronnant autour de lui. Une brusque vague d’angoisse le traversa, qui n’était pas tout à fait la sienne.
Thémis.
Haru se força à respirer lentement. Si cette peur était liée à celle de Thémis, sa propre angoisse ne l’aiderait pas. Il inspira profondément, puis expira, essayant d’apaiser autant son MEKA que lui-même. Puis il rouvrit les yeux.
Osaka s’étendait beaucoup trop loin en contrebas, immense constellation de lumières dont il ne parvenait plus à évaluer la distance. Ses doigts se crispèrent de nouveau sur les accoudoirs.
Puis son regard s’accrocha aux reflets des étoiles sur la mer.
Yangchen avait raison. Le panorama était magnifique.
Ses mains relâchèrent légèrement leur prise. Le nœud dans sa gorge restait présent, mais il respirait avec plus de facilité.
— C’était une bonne idée, d’y aller en volant.
Un souffle de Yangchen lui indiqua son rire.

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