#11 – Manque

026 - Manque

Le soir était déjà tombé lorsqu’ils retournèrent à l’appartement. Accoudé à la rampe de la terrasse, Haru terminait sa cigarette. Hermès avait déjà rejoint son lit. Yangchen, elle, était assise sur la marche devant la porte d’entrée, Yato sur les genoux. Il écrasa le filtre.

— Alors ? Tu retournes à Hong Kong ?

— Faut bien. Au moins pour des raisons administratives. Et parce que squatter, ça va un temps. Mais je compte bien rembourser les courses.

Elle rit. Le cœur de Haru se serra.

— Tu ne me déranges pas.

Il regarda au loin et sa main effleura sa poche, effleura la clé. Thémis était étrangement silencieuse. Il sursauta légèrement lorsqu’elle lui transmit du réconfort. Haru comprit alors et fit de même. Elle était là, attentive. Elle ne disait rien parce qu’elle savait. C’était le moment.

Lorsqu’il se tourna vers la mécanicienne, Yato avait déjà quitté ses genoux. Elle était debout face à l’entrée et s’y engageait déjà. Il s’avança, le bras tendu. Sa main saisit celle de Yangchen. Elle releva les yeux vers lui.

— Je…

Il saisit la clé, ouvrit la bouche, repensa à toutes les tentatives qu’il avait imaginées, à toutes les phrases qu’il avait préparées, et choisit de se taire. Yangchen le regardait toujours, les sourcils légèrement froncés. Il finit par rire franchement, s’ébouriffa les cheveux, puis soupira, vaincu. Il glissa la clé qu’il tenait dans la main de Yangchen.

— La clé de l’appartement.

Elle le regarda sans comprendre. Il sourit.

— Reste, dit-il. J’aimerais que tu restes à Nagasaki. Avec moi.

Il ne lui lâcha pas la main, garda sa prise fragile.

— C’est tellement plus simple quand tu restes. Plus agréable. À chaque fois que tu pars, tu manques. Tu me manques.

Gêné, son attention papillonna. Il parvint à se focaliser sur Yangchen, encore.

— Alors, si tu veux bien squatter ma vie encore un peu, définitivement même, reste.

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