Alward était en mission. Encore. Les premiers jours, Aymeric contemplait sa pile de papier à lettres, avant de retourner à ses dossiers. Au bout d’une semaine, il se décida à lui écrire. D’abord, pour proposer une promenade lors de son prochain passage à Ishgard. Puis, pour l’informer qu’un marchand de la Croisée prétendait posséder le récit authentique d’un voyageur ayant affronté douze cœurls dans les rues de Gridania. Alward répondit, quelques jours plus tard, qu’il n’y avait aucun cœurl dans cette région. Leurs premières lettres tenaient sur une seule page et s’achevaient toujours sur une date.
La Congrégation devrait me libérer avant la sixième cloche. Accepteriez-vous de marcher avec moi jusqu’au Dernier Vigile ?
Aymeric précisait les heures. Alward décidait du jour. La première fois qu’une mission l’empêcha de tenir un engagement, il écrivit avant son départ et proposa lui-même une autre heure. Aymeric relut la lettre trois fois, l’ombre d’un sourire aux lèvres. Au fur et à mesure des semaines, les lettres s’allongèrent. Alward commençait à décrire ce qu’il voyait au cours de ses voyages : une auberge bucolique construite près d’une rivière, un enfant qui avait tenté de vendre à Thancred son propre couteau, la lumière du soir sur les murs d’Ul’dah. Aymeric, lui, racontait les premières neiges de l’hiver, comment Emmanellain avait accueilli une délégation alliée par la force des choses, uniquement parce que personne dans l’assemblée n’avait su l’interrompre durant son discours. Il lui parla d’un musicien entendu depuis les fenêtres de la Congrégation et d’un débat tellement barbant que Lucia en avait piqué du nez.
Alward ne considérait aucune de ces lettres comme extraordinaire. Elles étaient devenues une habitude. Il savait qu’une lettre finirait par l’attendre au Refuge.
C’est ce qu’il pensait, ce jour-là. Il interrogea Tataru avant même d’avoir retiré sa sacoche.
— Le courrier d’Ishgard est-il arrivé ?
Elle releva les yeux de ses comptes.
— Ce matin.
— Rien pour moi ?
Elle fit non de la tête. Il déposa sa sacoche. Aymeric avait mentionné dans sa dernière lettre plusieurs séances particulièrement longues à la Congrégation et n’avait proposé aucune date. Ils s’étaient vus deux semaines plus tôt, à la demande d’Aymeric. C’était toujours à la demande d’Aymeric, constata-t-il. Cette dernière pensée l’arrêta. Il gagna sa chambre, sortit une feuille et prit sa plume. Le premier jet lui parut bien trop formel. Le deuxième ne comportait aucun rendez-vous. Le troisième… lui convint.
Aymeric,
Je serai à Ishgard dans neuf jours. Je n’ai aucune ruine à vous décrire, mais j’apprécierais votre compagnie le temps d’un dîner. Peut-être au Chevalier oublié ?
Alward relut la lettre, puis ajouta :
À bientôt.

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