#22 – Première fois

037 - Première fois

Cela s’était décidé au détour d’une conversation. Après quatre invitations d’Aymeric repoussées au profit de ses missions, Alward avait finalement pris les devants :

— Venez prendre le petit-déjeuner au manoir, demain matin.

C’était la première fois qu’Alward fixait lui-même une date, et il priait les Douze pour qu’aucun primordial ne ravage la moitié d’Éorzéa durant la nuit.

Edmont avait accueilli la nouvelle avec l’un de ces sourires qu’Alward avait toujours du mal à interpréter. Puis il lui avait demandé ce qu’il comptait faire servir.

Alward avait alors découvert, à la dix-neuvième cloche, qu’il ignorait presque tout des habitudes matinales d’Aymeric.

Le lendemain, à la septième cloche, il se trouvait toujours aussi démuni devant le domestique.

— Messire Rivers. Thé ou café ?

Il connaissait pourtant la main avec laquelle le lord commandeur tenait son épée, la manière dont il dissimulait une douleur derrière un ton beaucoup trop maîtrisé, ou encore la façon dont il organisait ses dossiers. Il savait reconnaître le moment où une réunion commençait à l’irriter et celui où sa courtoisie devenait une arme. Mais il ignorait s’il préférait le thé ou le café.

Cette information paraissait soudain capitale.

— Servez les deux ? proposa-t-il.

— Très bien, messire.

— Et ajoutez du lait et du miel.

Le domestique ajouta deux petits pots sur son plateau. Alward observa la table. Du pain encore chaud, des œufs, du fromage et une tourte salée occupaient assez d’espace pour nourrir quatre personnes.

— Pouvez-vous ajouter quelque chose de… sucré ?

— Nous avons des brioches au miel…

— Ce serait parfait.

— Alward.

Edmont se tenait à l’entrée du petit salon. Son regard passa de la table au domestique, puis revint vers lui.

— Combien de personnes attendez-vous ?

— Une seule.

Puis, après un regard désolé vers la table, il ajouta :

— J’ignore ce qu’Aymeric mange le matin.

— Voilà qui rend votre choix bien difficile.

Alward lui adressa un regard contrarié. Edmont s’installa près du feu.

— À quelle heure doit-il arriver ?

— Il doit rejoindre la congrégation avant la neuvième cloche. J’ai supposé qu’il saurait quand se présenter.

— Une confiance remarquable venant de la part d’un homme qui a refusé quatre de ses invitations faute d’avoir choisi une date.

— Edmont, je vous en prie…

On frappa à la porte. Edmont sourit en regardant sa montre.

— Respirez, Alward. Ishgard ne compte aucun primordial à affronter dans l’heure. Et son lord commandeur a le sens de la ponctualité.

Les oreilles d’Alward rosirent. Aymeric apparut derrière un domestique, son uniforme bleu déjà sur le dos. Son regard se posa sur le Guerrier de la Lumière, puis sur la table.

— Je crains d’être en avance.

— Vous n’aviez reçu aucune heure, dit Edmont. Il vous était donc difficile de la respecter.

Edmont se leva, visiblement satisfait.

— Je vais vous laisser.

— Vous ne restez pas ? demanda Aymeric.

— L’invitation ne venait pas de moi.

— Il y a pourtant assez de nourriture pour vous, Artoirel, Emmanellain et la moitié de la garde.

— Alward ignorait ce que vous mangiez.

Aymeric considéra les plats, les deux boissons et les petits pots disposés devant lui.

— Il a donc décidé de ne rien exclure.

— Une méthode qui lui ressemble.

Edmont posa une main affectueuse sur le bras d’Alward, puis quitta le salon.

Les oreilles d’Alward étaient toujours rouges. Si Aymeric le remarqua, il se garda de tout commentaire.

Alward désigna la table.

— Asseyez-vous.

Aymeric obéit. Il choisit le thé. Alward repoussa discrètement la cafetière.

— Sans lait, précisa Aymeric.

— Je ne vous ai rien demandé.

— Vous observez ma tasse avec la même concentration que les rapports de la congrégation.

— Je constate simplement que la moitié de cette table était inutile.

— Le miel ne l’est pas.

Aymeric en ajouta une petite quantité à son thé. Alward mémorisa l’information avant de pouvoir s’en empêcher.

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