#30 – Adieu

046 - Adieu

Il la gardait au creux de sa main.

L’améthyste était froide, inerte. Loin de la chaleur qu’elle dégageait, lorsque l’âme de Kuro était encore prisonnière à l’intérieur. Pourtant, cette pierre avait accompagné Haku dans tant d’aventures qu’il parvenait difficilement à s’en séparer. Assis sur la berge d’un des ruisseaux qui serpentaient autour de Kabe, il glissait la chaîne d’argent entre ses doigts, observant les reflets du soleil sur la pierre lisse.

— Tu pourrais la garder, murmura Kuro. C’est… un souvenir. Un bijou comme un autre, maintenant.

— Kuro… Tu sais mieux que quiconque ce que représente cette pierre.

Il en caressa doucement la surface.

— Le devoir ?

— L’absence.

Kuro inclina légèrement la tête sur le côté. Haku soupira.

— Tu n’étais pas là. Tu étais…

— …un inconnu enfermé dans un cristal, le coupa-t-il, dans une autre dimension, avec qui tu as discuté cinq minutes avant d’adopter son âme.

Kuro lui sourit. Ce sourire désabusé qu’Haku détestait voir étirer ses lèvres.

— Je suis un sentimental, admit Haku.

— Tu accordes surtout une confiance aveugle au premier venu.

— J’ai appris, depuis.

— Ah oui ?

— Je me méfie davantage des inconnus qui souhaitent s’enfermer dans des cristaux.

Kuro éclata de rire. Haku lui adressa un sourire avant de reporter son attention sur l’améthyste. Il la fit tourner une dernière fois entre ses doigts, puis leva les yeux vers le ruisseau.

— C’était… une prison. Et maintenant, tu es là, souffla-t-il.

— Je vois. Plus besoin de passer pour un fou en parlant à un bijou ?

— Dois-je te rappeler que tu ne répondais jamais ?

— Ce qui ne t’a jamais empêché de me raconter tes journées, ria Kuro. Je t’aurais répondu, si cette améthyste en avait la faculté.

Haku secoua la tête, amusé. Il se releva et s’approcha du bord de l’eau. Le courant glissait entre les pierres. Il suspendit la chaînette au-dessus du courant et contempla une dernière fois l’améthyste. Pendant des années, elle avait été le seul lien tangible entre Kuro et lui. Il l’avait protégée, serrée contre son cœur, cherchant dans sa chaleur la présence de ce Lien qu’il ne pouvait rejoindre.

— Adieu, ma vieille amie.

Il ouvrit la main.

L’améthyste rencontra l’eau, et disparut dans un léger ploc. Le courant l’emporta entre les galets, jusqu’à ce qu’elle disparaisse de leur vue. Haku suivit une forme invisible jusqu’à l’horizon, puis se tourna vers Kuro.

— On rentre ?

Kuro lui tendit la main.

— On rentre.

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